Histoire de Lanas

Gentilé  : Lanassiennes, Lanassiens
Superficie : 997 hectares
Population : 397 habitants

 

Etymologie

L’endroit a probablement conservé, à travers son nom , le souvenir d’un certain Lanat(i)us, un latin ou un gaulois romanisé. Le village est cité sous le nom de Lanacio dans un document de 1251.

Mentionnons ici pour mémoire la théorie farfelue que l’on trouve dans certains livres anciens. Celle-ci faisait venir le toponyme du mot laine, parce que le village abrita longtemps des tisserands.

Sources : JM Cassagne et M. Korsak (la petite histoire du nom des villages et autres lieux d’Ardèche, édition Septedition).

 

Historique

Lanas était une paroisse de la commune de Saint Maurice-et-Lanas jusqu’au 5 juin 1845, date à Louis-Philippe signe la loi 12-771, article 413, érigeant Saint Maurice en commune distincte. La limite entre les 2 communes fût fixée le long du cours de l’Ardèche, faisant de Lanas la seule commune du canton de Villeneuve de Berg sur la rive droite de cette rivière.

La première mention relative à Lanas date de 1154, lorsque Guillaume, évêque de Viviers de 1147 à 1165, fait donation de la chapelle Sainte Eustache à l’abbaye Saint André le Haut de Vienne. Lanas, qui appartient aux seigneurs des Chazeaux de 1247 à 1423 apparaît dans les vassalités des familles de Vogüe et de Balazuc.

Ces derniers, issus de Montréal, en reçurent l’apanage qu’ils conserveront jusqu’à la mort du dernier seigneur de Balazuc, tué au début de la révolution, en 1792.

Lanas, comme bien d’autres villages ardéchois, fut durement touché par les guerres de religion, le village fut rançonné  par les protestants. Les huguenots en Ardèche

Plus tard, des conflits moins sanglants opposèrent ses habitants à ceux de La chapelle et de Saint Maurice au sujet de l’exploitation des « Buissières » du plateau des Gras.

Pendant dix ans les contestations se répétèrent, jusqu’à ce que le conseil municipal décide en 1819 de « partager le terrain par tête d’habitants autres que les domestiques étrangers », ce qui fut fait en 1822, étant précisé qu’aucun des bénéficiaires ne pourrait « vendre le lot qui lui écherra à des particuliers d’autres communes ».

Les Buissières ainsi partagées s’étendent sur le site de l’aérodrome et du C.F.A.

Jusqu’en 1846, le village de Lanas faisait partie avec Saint Maurice Terlin de la même commune… Les difficultés de communication entre les deux parties du village reliées par un bac à péage inutilisable à la mauvaise saison ont conduit à une séparation des deux parties du village.
Problème : la création d’une route permettant de désenclaver Lanas en le reliant au pont suspendu de Vogüe. Cette route était essentielle pour Lanas… Mais les propriétaires vogüeens, y compris le maire de Vogüe ! manquèrent totalement de coopération et il fallut treize ans de procédure, de 1851 à 1864, et 33 expropriations pour pouvoir utiliser les 1 268 mètres de parcours en territoire vogüeen ! La commune s’étend sur près de 1 000 hectares et comptait 325 habitants au recensement de 1999. Elle eu longtemps une vocation agricole. Ainsi, en 1852, on comptait 110 propriétaires et 3 métayers qui utilisaient pour leurs travaux 70 mulets, et 3 ânes ainsi que 39 charrues, et exploitaient 42 ha de céréales, 37 de vigne, 10 de légumes et 10 000 mûriers permettant de récolter 7 500 kg de cocons.

Il ne reste aujourd’hui que 3 exploitations, toutes trois consacrées à la vigne.  

Papillon

Henri Charrière, dit Papillon, est né en 1906 à Saint-Étienne-de-Lugdarès en Ardèche. Il fut condamné aux travaux forcés au bagne de Cayenne pour un meurtre qu’il a toujours nié. Il est enterré aux cotés de sa mère dans le cimetière de Lanas.

La Chapelle Saint Eustache

     Au XIIème siècle, il y avait à Lanas deux vieux châteaux et une chapelle ruinée sous le vocable de Saint Eustache. Guillaume, évêque de Viviers de 1147 à 1165, fait donation de cette chapelle à l’abbaye de Saint-André-le-Haut de Vienne. A partir de 1821, la chapelle, délaissée depuis très longtemps, et dont il ne restait que quelques pans de murailles, a été restaurée par la Confrérie de Saint Eustache. 

      En 1914, sur proposition de la commune, le curé Dupuy « achète la chapelle Saint Eustache avec toutes ses dépendances du sol au toit » pour 150 francs.   Eustache était un militaire romain qui refusa de massacrer les chrétiens. Martyr, il fut canonisé. Il est le Saint Patron de la commune de Lanas.

 

Article de Joëlle DUPRAZ, paru dans le Bulletin de l’association La Sauvegarde des Monuments

Un peu à l’écart des grands itinéraires touristiques, quoiqu’implanté sur les bords de la rivière Ardèche, Lanas livre à qui sait lire l’architecture et l’urbanisme un agréable voyage dans le temps.

En rive droite de l’Ardèche, Lanas est adossé au Gras, à la hauteur du confluent de l’Ardèche et de l’Auzon.

Le village se situe face à Saint-Maurice d’Ardèche séparé autrefois par un gué, aujourd’hui par un pont.

Si des traces d’occupation à l’Age du Bronze sont identifiées sur le Gras, rien, pour l’instant, archéologiquement, sur le site même de Lanas, ne permet de remonter plus haut que le milieu du XIIe siècle, soit en 1154.

A cette date, l’évêque de Viviers confirme à l’abbaye Saint-André le Haut, de Vienne, toutes ses possessions dans le diocèse de Viviers dont l’église Saint-Eustache du castrum de Lanas, avec la paroisse et ses dépendances (1)

(Castrum : Terme latin. Bâtiment militaire conçu pour défense. Il s’agit d’un ouvrage de fortification, destiné à résister aux attaques de l’ennemi et défendre un lieu précis.)

Cependant, il faut noter le passage à proximité, en rive gauche, de la grande voie antique, bornée au IIe siècle et l’existence au hameau des Salles (commune de Balazuc) d’une villa où fut trouvé un remarquable sarcophage de marbre paléochrétien du IVe siècle (issu des ateliers contemporains arlésiens) (2) .

Les vocables de Saint Eustache et Saint Maurice (légionnaires martyrs) ne se diffusent pas avant le VIIIe siècle et Saint Eustache connaît un grand succès aux XIIe et XIIIe siècles (3) .

L’analyse du cadastre napoléonien conjugué avec les observations sur le terrain, remparts, ruelles et parcelles, construites ou non, permet de dire que le village actuel a conservé la majeure partie de sa topographie médiévale, avec quelques réajustements mineurs aux époques moderne et contemporaine,ce qui fait sa beauté et la qualité de son patrimoine.

Deux lieux énigmatiques se situent hors les murs du castrum : l’église au nord, et l’enclos à l’ouest, en direction du Gras.

L’église a été reconstruite et dotée d’un nouveau vocable au XIXe siècle, alors qu’Eustache a migré à une époque indéterminée au sein du castrum.

Le second lieu est une vaste parcelle, non construite au moins depuis le début du XIXe siècle et ceinturée d’un mur de pierres, dont la vocation (enclos pastoral ?) reste à déterminer.

Le village s’est développé en amphithéâtre comportant deux demi-cercles concentriques, limité à l’est par le cours rectiligne de la rivière. Le noyau initial, situé au centre est composé d’une fortification, un donjon accompagné d’un rempart et une tour de guet (actuelle chapelle Saint Eustache) à proximité du cours d’eau.

L’ensemble architectural, que l’on pourrait dater du XIIe siècle, a une forme en escargot dont le pédoncule conduit à la sortie du castrum vers le gué. Lanas est une exception, c’est le seul castrum du Vivarais construit en plaine. Il est même implanté dans le cours majeur de l’Ardèche.

Dès le XIIIe siècle, Lanas est une coseigneurie, au moins trois seigneurs sont mentionnés possédant sans doute des tours dans le castrum.

Un second développement urbain concentrique enferme (au XIVe siècle ?) avec un nouveau rempart, le noyau primitif (deux tours appelées aujourd’hui château), situé à l’ouest, et l’habitat (bourgs) qui s’est développé autour et dans les interstices des tours seigneuriales. Au XIVe siècle, on parle déjà d’un château vieux.

La silhouette définitive du village est alors fixée. Le rempart, un peu modifié sans doute pendant les guerres de religions, puis plus tard, comporte quatre portes et une poterne. On retrouve en certains points des archères mais pas de bouche à feu. L’ensemble des constructions sont faites en un matériau de calcaire gris kimmèridgien, provenant des carrières locales (Lussas, Ruoms), à l’exception de la tour de guet primitive édifiée dans un autre matériau.

Sur la parcelle dite du château, des pierres à bossage sont visibles à la base. La mise en œuvre est de grande qualité et se rattache à l’art roman du sud de la France.

Toutes les parcelles du village méritent d’être étudiées :

-Pour obtenir des informations inédites sur la nature, la date des constructions, leur mise en œuvre, les chronologies relatives

-Pour affiner les grandes phases de cet urbanisme médiéval.

L’église (dont la situation hors les murs, et son orientation nord-sud posent question !) constitue à elle seule un objet de recherche passionnant, d’autant plus que les vestiges d’un édifice plus ancien sont visibles.

A la fin du XIIIe siècle, le compte de décime (redevance au pape) cite Saint-Maurice de Lanatio comme contributeur.(4)

Quels étaient :

-les liens entre le prieuré de Saint-Maurice, dépendant des bénédictines de Lavilledieu (relevant elles-mêmes de Saint-André le Haut) et Saint-Eustache église paroissiale de Lanas ?

-Le lien historique entre Lanas et Saint-Maurice, sachant que jusqu’en 1845, Lanas fut une section administrative de Saint-Maurice d’Ardèche ?

-Que dire de l’Enclos, s’agit-il d’un lieu de rassemblement de troupeaux en provenance et /ou en partance pour le Gras ?

Cette hypothèse renforcerait l’importance d’un axe ouest-est reliant la vallée de la Ligne à celle de l’Ardèche et au-delà vers l’est en direction de Viviers, sur laquelle se trouvait Lanas.

 

Joëlle Dupraz, archéologue retraitée du MCC, membre de CARTA et de La Sauvegarde des

Monuments Anciens de l’Ardèche.

Bibliographie

Laffont P.Y., Atlas des châteaux du Vivarais (Xe-­‐XIIIe siècles), DARA, Lyon, 2004,284 p.

Dupraz J., Fraisse Ch., Carte Archéologique de la Gaule, Ardèche, Paris, 2001, 496 p.

Bourreau A., Placido Tramite. La légende d’Eustache, empreinte fossile d’un mythe carolingien, in

annales Economies, Sociétés et Civilisations, 37 année, N°4, 1982, p.682-­‐699.

Clouzot E., Pouillé des Provinces de Besançon, de Tarentaise et de Vienne, Paris 1940.

 

1  Laffont  P.Y.,  p.131.

2  Dupraz  J.,  p.  208-­‐209.

3  Bourreau  A.,  p.683.

4 Clouzot, Diocèse de Viviers p.438.